Les meilleurs artistes de la scène française

Parade

Anastassia Bordeau

14 000 €

Année : 2015

Génération d'artistes : Nés dans les années 70

Catégorie : Peinture

Technique : Huile sur toile

Dimension : 116 cm x 175 cm

Les toiles de nuit peintes  par Anastassia Bordeau frappent d’abord par leur absence d’éclairage naturel. Avec  la lune et les étoiles, c’est le ciel tout entier qui a disparu : l’espace a perdu son caractère hypétral  (du grec hypaithrios, « sous le ciel »). Le sol affirme, en revanche,  sa présence, grâce à des sémaphores qui indiquent les différentes directions. Phares et réverbères trouent les ténèbres, cependant que les néons diffusent leur éclat en nappes aux formes précises, d’un blanc, d’un jaune et d’un vert d’intensité variable. Plus de lumières indécises et tremblotantes, mais des couleurs primaires qui contrastent avec l’obscurité ambiante.

La seconde absence qui surprend dans cette série de peintures est celle des êtres humains. Voilà qui contraste avec l’univers d’Edward Hopper (1882-1967), auquel il est impossible de ne pas songer.  Dans Fenêtre, la nuit, 1928 (New York, Museum of Modern Art)  ou Oiseaux de nuit, 1942 (Chicago, The Art Institute), les personnages, aux vêtements moulés sur le corps, semblent envoûtés dans un statisme forcené. Aperçus à travers une vitre, ils exhibent leur carence interne et leur inaptitude à la communication ; mais ce sont encore des hommes et des femmes. Ici, au contraire, banc, automobiles, cafés, stations-services ne font signe vers aucune attente, aucun voyage, aucun acte de consommation, aucun signe de vie actuel. Ce monde est,  au moins provisoirement, déserté de tout habitant humain.

La troisième absence qui saisit est celle de tout élément végétal ou animal. Nous sommes plongés dans un univers minéral, où le verre triomphe avec ses effets de transparence et de miroir. Comment ne pas se cogner ?  « Danger, n’avancez pas ». Des lignes de graphes bruns en forme de « S » aplatis signalent qu’il importe de s’arrêter, pour ne pas heurter la vitre et précisent  le degré de proximité ou d’éloignement de la vision.
Plus d’astres nocturnes, plus d’êtres vivants, plus de végétation… La nuit, chez Anastassia Bordeau s’est à la fois urbanisée et vidée ; mais elle n’inquiète pas pour autant. Bien au contraire, elle paraît hospitalière et évoque l’intimité d’un utérus tiède et confortable, où il serait possible de se retrouver, libre de toute angoisse. Nous sommes sub umbra, comme le dit Hugo, immergés dans l’ombre ; mais l’obscurité de l’Umnachtung  reste accueillante.

Le malaise n’émane pas de la nuit ;  il n’émane pas non plus des « yeux-phares » des réverbères et des automobiles. Non, il émane d’une lumière brutale qui éclaire des corps le plus souvent tronqués, à demi dénudés : des corps dont les formes lisses, froides et belles ne sont pas désirables ; des corps surexposés, indécents, trop luxueux, trop académiques.  Simples images  destinées non pas à ravir par elles-mêmes, mais à faire vendre.
La cage de verre ouverte où ces corps surgissent  – cabine téléphonique ou abri d’attente des autobus – constitue le motif récurrent d’Anastassia Bordeau  et s’oppose, malgré le banc qui l’orne, à toute idée d’accueil. Temple des temps modernes, temple non de la sensualité, mais  du   luxe effronté, du signe sans âme, de l’amour aboli.  Temple – ou anti-temple – d’une volupté de carton pâte, anonyme, vendue avec les néons de la grande ville et faussement racoleuse. Le culte du spectaculaire semble avoir enlevé aux choses tout indice d’intimité et les avoir réduites à l’état de purs simulacres.

Extrait du texte Les Fleurs de Nuit par Baldine Saint Girons, Professeur des Universités à l'Université de Paris X - Nanterre

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Anastassia Bordeau

Anastassia Bordeau

Anastassia Bordeau est née à Moscou en 1979. Elle vit et travaille à Paris où elle a été diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts en 2003 (Ateliers Vincent Bioulès et Pat Andrea).
Anastassia Bordeau a ce regard qui refuse la banalisation  née de la routine, la myopie que déclenche l’habitus, ou dit plus simplement l’habitude. C’est pourquoi ses scènes sont souvent nocturnes. Ou  montrent des espaces qui par leur unicité, semblent des espaces clos.
Car la nuit  est le temps où la logique se relâche ou s’absente, où l’imagination court après le rêve, où l’impossible se fragilise, où les contraires se rencontrent en des histoires improbables, où se dévoilent la profondeur du sens. Et l’espace clos, parce qu’il est comme la nuit coupé du monde, formant en soi un univers.
Ces tableaux sont centrées sur l’action qui s’accomplie. Action bénigne, anecdote. Mais dans laquelle se mêlent pleinement  la jouissance et l’inquiétude de vivre. Dans le temps indéterminé  de l’attente, qui est, on le sait,  un élan suspendu à la question du pourquoi, ou du vers où, je vais.
Les références aux enseignements de la peinture moderne, à celle d’Hopper en priorité,  ou même à des regards surréalistes dans ce qu’ils sollicitent l’imaginaire et suggèrent d’émotions en deçà et au-delà des images, voire à Duchamp, sont  des citations volontaires qui, alliées souvent à une discrète dimension d’humour, permettent à l’artiste d’inscrire sa démarche dans une continuité.
Depuis une dizaine d’années,  Anastassia Bordeau alterne et entrecroise dans sa peinture: espaces nocturnes urbains, espaces quasi fermés le plus souvent souterrains (dans les deux cas principalement lieux de circulation) ; nus ou corps déshabillés en relation ou non avec l’imagerie publicitaire. Par Jean-Paul Blanchet.

 

Expositions
2015 / Galerie Artrial / Perpignan, France
2013 / « Pensé(z) cinéma » / Centre d’art contemporain, Meymac, France
2013 / Galerie BOA / Paris, France
2011 / « Femme Objet / Femme sujet » / Centre d’art contemporain, Meymac, France
2011 / Lauréate Fondation Colas / Boulogne-Billancourt, France
2009 / Salon de mai / Paris, France
2008 / Exposition personnelle « Fleurs de Nuit » / Musée d’Arts Moderne de Moscou, Russie
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